FESTIVAL LIVRES A VOUS

FESTIVAL LIVRES A VOUS

Les 4eA et les 4eB -  Rencontre avec Guillaume Guéraud

 

Chaque année le festival Livres à vous mobilise tous les professionnels et les passionnés de lecture dans le Pays voironnais. Il offre l'opportunité à de nombreux élèves de rencontrer un auteur contemporain. Cette année les classes de 4eA et de 4eB de Mme Recoupé ont rencontré Guillaume Guéraud en partenariat avec la médiathèque de Moirans. Les élèves ont travaillé à partir de 3 extraits de roman : Anka, Je ne mourrai pas gibier et Plus de morts que de vivants.

Voici, dans les grandes lignes, les réponses apportés à l'auteur aux élèves.

 

Abordons d'abord votre roman Plus de morts que de vivants : pourquoi écrire des histoires aussi sombres ?

 

GG : J'ai une prédilection pour le gore, les histoires qui font peur ; j'ai l'ambition de refléter le monde en insistant sur ses zones d'ombre ; le sang est très présent dans mes livres parce qu'il me dégoûte autant qu'il me fascine. D'autre part, je pense que la violence peut secouer le lecteur, mais aussi lui faire ouvrir les yeux sur certains sujets.

 

Pourquoi vos personnages sont-ils des adolescents ?

 

GG : Parce qu'ils sont à un âge où ils sont à la croisée des chemins ; dans leur comportement, tout peut basculer rapidement, et c'est ce qui m'intéresse (note : GG évoque à ce moment les meurtriers de masse, qui sont souvent des adolescents). D'autre par, en ce qui concerne Plus de morts que de vivants, j'ai choisi un carnage dans un collège parce que les ados m'insupportent, tout autant qu'ils m'intéressent car ils ont un côté bestial et instinctif. D'ailleurs, si j'étais un personnage du roman, je serais Nino, le plus fragile mais qui se révèle dans la catastrophe – pour rire, j'adore faire mourir les enfants de mes amis dans mes romans.

(note : GG explique alors aux élèves qu'il s'agit d'humour et de second degré, ce qui avait échappé à certains...).

 

Pourquoi mettez-vous autant de gros mots dans la bouche de vos héros ?

 

GG : Ce n'est pas gratuit : j'essaie de retranscrire au plus juste le langage parlé des adolescents. Cela donne de la crédibilité aux personnages, mais aussi du rythme, de la vie, et confère à la phrase une énergie bondissante.

 

Pourquoi retrouve-t-on dans la majorité de vos romans des phrases courtes et saccadées ?

 

GG : J'aime les phrases brèves car elles permettent d'aller droit au but, sans détours. D'autre part, la concision est généralement un gage de qualité.

 

Dans votre roman Anka, vous évoquez le destin d'une jeune immigrée roumaine – est-ce une histoire vraie ?

 

GG : Il pourrait en effet s'agir d'une histoire vraie, car il y a beaucoup d'immigrés roumains à Marseille, ville où je résidais quand j'ai écrit cette histoire. En réalité, je me suis inspiré du scénario d'un film coréen, assez confidentiel, dont le héros s'est marié par arrangement et apprend la mort de son « épouse ».

 

Dans votre roman Sans la télé, vous parlez de votre jeunesse sans télé, votre passion pour le cinéma que vous avez découvert alors. Quel est le film qui vous a le plus marqué quand vous étiez adolescent ?

 

GG : Si je devais n'en citer que deux, ce serait L'Année du dragon et, surtout, L'Exorciste. En effet, si l'on voit plus loin que le côté culte, gore, sulfureux ou spectaculaire, il s'agit en réalité d'un film sur la solitude, d'une infinie tristesse. Vous êtes trop jeunes pour en comprendre le sens métaphorique – en revanche, vous allez avoir très peur, même s'il s'agit d'un film de 1973 !

 

Dans Apache, vous situez l'action aux Etats-Unis, en choisissant pour héros un jeune indien. Pourquoi ce choix ?

 

GG : Au bout de quatre années d'écriture, et après plusieurs romans dont l'intrigue se déroulait en France, j'ai éprouvé le besoin de « changer d'air », même si je n'étais pas encore allé aux Etats-Unis à cette époque. C'est la lecture de certains romans (note : probablement ceux de Louise Erdrich) qui m'a également suggéré ce thème.

 

Abordons pour finir le court roman Je ne mourrai pas gibier, qui a été récemment adapté en BD. Pourquoi donner l'issue dès le début ?

 

GG : Je ne voulais pas que la fin, le massacre, arrive comme une surprise. Vous remarquerez que le premier chapitre est très factuel – en effet, je trouvais pertinent de conférer d'emblée la parole à cet adolescent venant de commettre quelque chose de monstrueux, et laisser le lecteur découvrir ensuite son cheminement et les raisons qui l'ont poussé à commettre ce geste.